L’agriculture biologique connaît un essor spectaculaire : en France, par exemple, les surfaces ont augmenté de 50%[1] en 3 ans. Quant au marché, il a bondi de plus de 60%, signe que la Bio répond aux attentes des consommateurs en matière de santé, d’environnement et de qualité. Cette confiance repose sur un cahier des charges exigeant et très contrôlé que les agriculteurs, transformateurs et distributeurs engagés de la filière bio ont contribué à écrire avec les pouvoirs publics depuis trente ans. Il leur apparaît donc essentiel de maintenir une bio cohérente.

Depuis 2014, les institutions européennes négocient pour réviser ce cahier des charges et ce 24 juin les Etats membres doivent se prononcer sur de nouvelles propositions de la Commission européenne dans le cadre du nouveau règlement bio publié en 2018. Le SYNABIO (Syndicat National des transformateurs bio), le SYNADIS BIO (Syndicat national des distributeurs bio), et leur fédération NATEXBIO, ainsi que la FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique) et FOREBIO (association de coopératives 100 % bio) alertent sur des risques de reculs.

 

A propos de la densité et la taille des élevages de volailles

En autorisant les élevages de poules pondeuses sur plusieurs niveaux ‐ ce qui revient à multiplier les densités d’animaux par 2 voire 3 ‐ et en supprimant les tailles limites de bâtiments pour les volailles de chair, les nouvelles règles éloigneront le cahier des charges de ses exigences initiales.

 

Sur les co‐formulants

Le nouveau règlement prévoit d’autoriser des substances issues de la chimie de synthèse pour renforcer l’activité des traitements naturels traditionnellement utilisés en Bio (décoctions de plantes, huiles naturelles, etc). Cette disposition introduite par la Commission pour combler un vide juridique est une aberration au regard des principes de la Bio. Selon les professionnels de la bio, il est possible d’y remédier via la rédaction des listes de traitements naturels autorisés en agriculture biologique. Mais cet enjeu ne figure même pas à l’ordre du jour des négociations !

 

Sur la périodicité des visites de contrôle

Enfin, le règlement introduit des dérogations qui permettront d’espacer les visites de contrôle : de un an aujourd’hui, à deux ans à compter de 2021. Ces dérogations doivent être encadrées de manière stricte et les organismes professionnels bio s’inquiètent de ne voir aucune proposition en ce sens de la part des Etats membres ou de la Commission.

Si les positions des professionnels engagés de la bio ne sont pas pris en compte, le cahier des charges permettra demain à certains intérêts de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution de tirer la Bio vers le bas, ce qui n’est pas souhaitable aux vues des attentes et de la confiance des consommateurs.

Les fondamentaux de l’agriculture biologique, loin d’être un frein pour son développement, sont la condition même de son succès ! Sans une action forte de la France et de ses partenaires, la confiance des consommateurs risque de s’éroder, fragilisant un modèle unique pourtant créateur de valeur pour tous.

Suite au Séminaire International de l’Agence bio et à l’intervention de Didier Guillaume le 18 juin dernier, Jean‐Marc Lévêque, Président du SYNABIO, a déclaré : « Nous nous félicitons de la prise de position du Ministre de l’agriculture qui vient d’affirmer clairement son opposition au développement des serres chauffées en agriculture biologique. Cela va dans le sens de la bio cohérente, exigeante et durable que nous souhaitons. Il faut maintenant aller plus loin : le Président de la République, le Ministre de l’agriculture, les eurodéputés et la Commission européenne doivent eux aussi se mobiliser pour préserver les valeurs et le futur de la Bio. Nous espérons que le nouveau Parlement européen, où les enjeux de la transition écologique devraient être mieux pris en compte, portera une ambition forte pour le label bio. »

 

Source : Communiqué de presse Synabio - 20/06/2019
[1] D’après les chiffres de l’Agence Bio publiés le 4 juin 2019

 

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