L’intérêt des abeilles pour la biodiversité n’est plus à démontrer… et pourtant il y a encore beaucoup à faire pour les protéger. Pour la première fois, une étude[1] démontre que l'agriculture biologique est bénéfique pour les colonies d’abeilles mellifères. Ce sont des chercheurs du CNRS, de l’Inra et de La Rochelle Université qui, après avoir analysé les données collectées sur 6 ans dans le cadre du dispositif Ecobee, unique à l’échelle européenne, de suivi des abeilles domestiques, ont publié ces résultats dans la revue Journal of Applied Ecology.

 

Les performances des colonies d'abeilles mellifères sont améliorées en particulier pendant la période de disette alimentaire à la fin du printemps.

 
Les abeilles sont indispensables non seulement parce qu’elles produisent le miel, mais aussi surtout en tant que pollinisatrices de la plupart des végétaux. Elles se nourrissent exclusivement de nectar et de pollen et souffrent donc de la faible disponibilité en fleurs en mai et juin, entre les périodes de floraison du colza et du tournesol, comme cela est typique dans les paysages agricoles très intensifs. Au cours de cette période, il n’est pas rare que la collecte de pollen, la production de miel et la croissance des colonies diminuent.

L’étude qui vient d’être publiée montre que l'agriculture biologique contribue à atténuer ce déclin. Près de 180 ruches ont été suivies pendant 6 ans dans le centre-ouest de la France. Les chercheurs ont relevé jusqu'à 37% de couvain, 20% d'abeilles adultes et 53% de miel en plus dans les colonies entourées de parcelles agricoles biologiques par rapport aux colonies situées dans des paysages agricoles conventionnels.

Les parcelles cultivées en agriculture biologique offriraient en effet aux abeilles domestiques plus de ressources, notamment par la présence d’adventices (considérées à tort comme « mauvaises herbes »). L'augmentation de la production de couvain destiné à devenir des ouvrières peut être liée à une plus grande diversité de ressources en pollen et à une diminution de la mortalité due aux pesticides à l'échelle locale. Les réserves en miel peuvent augmenter grâce à la disponibilité accrue de fleurs mellifères à une plus grande échelle spatiale, correspondant à la zone de recherche des ressources (entre 1 et 3 km en zones de grandes cultures).

 

Le dispositif de suivi des colonies d'abeilles Ecobee

 
Cette étude a pu être effectuée grâce au dispositif de suivi des colonies d'abeilles Ecobee (Inra/CNRS). Il permet chaque année de mesurer l’effet des pratiques agricoles dans des conditions réelles sur 50 ruches expérimentales dans le sud-ouest de la France. Des recherches antérieures menées par la même équipe montraient que la baisse de la production de couvains d'ouvrières au cours de la période où les fleurs sont rares conduisait à une diminution de la survie des colonies en hiver. Cette nouvelle étude conforte les bénéfices de l'agriculture biologique face aux effets négatifs de l'agriculture intensive, au profit de la survie de ces pollinisateurs essentiels que sont les abeilles.

Source : Communiqué de presse Inra - 26/06/2019

 


[1] Effects of organic farming on seasonal dynamics of honeybee colony performance. Wintermantel Dimitry, Odoux Jean-François, Chadœuf Jöel, Bretagnolle Vincent dans Journal of Applied Ecology le 26 juin 2019. https://doi.org/10.1111/1365-2664.13447

 

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