Face à un constat alarmant, la prise de conscience citoyenne est bien réelle quant à l’impact de notre consommation d’emballage. Quid des entreprises agro-alimentaires ? Le 18 juin dernier, le Cluster Bio (région AURA) organisait une conférence sur cette thématique. Elle appuyait d’une part l’urgence pour les entreprises de s’emparer de ce sujet – et notamment en bio, mais elle prévoyait aussi de discuter de la complexité de sélection et d’utilisation des emballages plus respectueux de l'environnement.
 

Plastique bashing : prise de conscience globale

Les emballages plastiques sont principalement utilisés pour la protection, le stockage et le transport des produits de consommation. Ils représentent un tiers du plastique utilisé mais près de 60% de celui retrouvé dans la nature et les océans.
Selon la fondation Ellen MacArthur, cela représente 8 millions de tonnes de plastiques qui se déversent chaque année dans les océans (soit l’équivalent d’un camion poubelle chaque minute). Ainsi, la pollution plastique est reconnue depuis 2018 comme « un des plus grands fléaux environnementaux » par l’ONU.
Certes, le plastique n’est pas le seul matériau utilisé dans les emballages, mais c’est son très faible taux de recyclage (notamment des plastiques souples) qui pose problème aujourd’hui. D’après CITEO, celui-ci est inférieur à 5%, alors que le verre et le carton/papier affichent des taux de recyclage supérieurs à 50%.
Face à ce constat, la mobilisation des citoyens mais aussi des entreprises est forte. Et elle a pu peser pour des évolutions réglementaires et politiques fortes ces dernières années : Directive européenne pour la réduction de l’usage des sacs plastiques en 2015 (ils seront totalement interdits à partir de 2021), « Pacte national sur les emballages plastiques », signé le 21 février dernier par nombreuses entreprises françaises (enseignes GMS, Danone, LSDH, Biscuits Bouvard) et les Fondations Tara Expéditions et WWF), Accord signé par 170 pays à Nariobi en mars 2019 pour un « engagement à réduire significativement » les plastiques à usage unique d’ici 2030.
 

Les consommateurs attendent des emballages plus recyclables

Selon une étude Kantar réalisée en janvier 2019 auprès de 20000 panélistes, près d’un français sur 2 prête attention à la recyclabilité des emballages plastiques qu’il achète. Ils sont aussi de plus en plus consommateurs de produits bio et de substituts végétaux.
Pour 63% des français, un emballage recyclable est la caractéristique d’un emballage qui respecte le mieux l’environnement, d’après une étude CITEO réalisée en 2018 auprès de 2700 consommateurs.
D’après cette même étude, le papier/carton et le verre bénéficient d’une bonne image auprès des consommateurs pour leur impact environnemental. Et la nouvelle génération annonce un tournant à venir dans le secteur, puisque 61% des jeunes changent de marques en raison des emballages, d’après une étude menée par l’association européenne Pro Carton en 2018.
Sans oublier que « sans emballage », c’est encore mieux : plus d’un quart des français achètent déjà en vrac aujourd’hui, et 68 % souhaitent acheter plus de vrac pour réduire leur consommation d’emballages (étude Nielsen Panel view, 2018 et Kantar Worldpanel, 2019).
 

Les entreprises bio précurseurs sur le choix de leurs emballages ?

Si les grosses entreprises sont les plus exposées médiatiquement sur ce sujet, les petites entreprises de la bio (pionniers ou start-ups) ne sont pas en reste et sont également précurseurs. Pour exemple, la jeune entreprise Yumi a choisi des bouteilles en plastique biodégradable, issu de résidus de canne à sucre, pour ses boissons bio. Même si, elle doit pour cela payer un malus, car la filière de recyclage pour ce nouveau bioplastique n’existe pas encore…
En effet, les filières de recyclage peinent à se structurer, alors que le plastique vierge reste très bon marché. Mais son prix ne tient pas compte de ses externalités négatives et le recyclage devient donc moins rentable économiquement... Peut-on espérer que cela évolue avec les intentions politiques en faveur de la transition écologique (bonus-malus pour favoriser les emballages recyclés, baisse de la TVA sur le recyclage, extension des consignes de tri…) ?

En attendant, les entreprises s’organisent pour notamment la collecte et le recyclage de leurs emballages à l’instar du collectif Collectibio (Terracycle avec 13 marques Bio et 786 points de collecte à ce jour). Jusqu’à ces concepts de magasins sans emballage, comme la start-up toulousaine Le Drive tout nu, qui prépare les courses dans des contenants réutilisables et les récupère ensuite.

 
Source : Le défi des emballages pour le secteur bio, Marithé Castaing, Cluster Bio

 

 

 

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