L'agriculture biologique telle qu'on la connaît aujourd'hui est récente, les cahiers des charges et les logos officiels existent seulement depuis une dizaine d'années alors que le concept de l'agriculture biologique existe depuis près d'un siècle. Pour ses initiateurs, l'agriculture biologique est d'abord vue comme une approche globale de la société. Les marques historiques Demeter et Nature & Progrès, aujourd'hui peu visibles et peu connues, sont à l'origine du développement de l'agriculture biologique en Europe et en France. Comme la marque plus récente, Bio Cohérence, elles vont plus loin que le cadre de la réglementation européenne pour approcher une vision plus holistique. Concrètement, comment cela se traduit-il dans les cahiers des charges, la certification ... ?
A l'heure où l'agriculture biologique prend des parts de marché et où les préoccupations éthiques et environnementales mais aussi le nombre de certifications se développent, quelle est la place de ces marques privées dans l'agriculture bio de demain ?

 

Petite histoire de l'agriculture biologique

Dans les années 20, plusieurs courants et travaux ont contribué à faire émerger l'agriculture biologique en Europe. Citons, en Allemagne, ceux de Rudolf Steiner, père de l'agriculture biodynamique dont Demeter est issu ; ou encore ceux de l'agronome anglais Howard qui créa la Soil Association, Nature & Progrès s'étant créée en France à son image.

L'agriculture biologique fait son apparition en France dans les années 50 en réponse à la montée de l'agrochimie et de l'industrialisation de l'agriculture d'après-guerre. La bio est alors vue par ces pionniers comme une approche globale de la société. Pour Howard par exemple, l'agriculture et le maintien de la fertilité des sols est l'affaire de tous, urbains comme ruraux. On retrouve ces notions dans les valeurs de la charte et dans la certification participative de Nature & Progrès. Leur vision est holistique dans le sens où l'action de l'homme sur la nature, doit avoir un impact moindre et ne pas dégrader l'environnement. L'agriculture biodynamique de Steiner s'appuie sur l'intelligence de la nature et met particulièrement l'accent sur la connaissance de l’équilibre et de l’interdépendance des êtres vivants et la prise en compte des cycles naturels. Parallèlement, une approche plus technique voire économique de l'agriculture biologique fait son apparition.

Dans les années 70, la prise de conscience de l'impact sur l'environnement et la santé de l'agriculture conventionnelle est de plus en plus forte. Des courants et projets alternatifs se multiplient. En 1972le premier cahier des charges bio français est présenté par Nature et Progrès et les premières mentions sont attribuées. C'est aussi à ce moment-là que Nature & Progrès impulsera la création de la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (IFOAM).  Son objectif est de coordonner les organisations actives dans le secteur bio au niveau mondial. Ce mouvement repose sur 4 principes fondamentaux : les principes de santé, d’écologie, d’équité et de précaution.

Finalement, l'État français reconnait officiellement l'agriculture biologique en 1980 et valide des cahiers des charges publics par production dans les années 1990. L'agriculture biologique a alors un cadre réglementaire public. Les marques privées Nature & Progrès et Demeter resteront gérées de manière indépendante par des associations.

En 1991, le premier règlement européen sur les productions végétales est acté et en 2009, la réglementation et les différents cahiers des charges sont uniformisés dans toute l'Europe. C'est à cette période que la réglementation officielle perd, sur certains aspects, de sa rigueur. La marque Bio Cohérence est créée en 2010, en réponse à cela, pour proposer aux acteurs de la bio une marque française plus vertueuse que le label AB.

La suite de cet article est réservée aux abonnés.

S'ABONNER

ingrebio-logo-fr-et-baseline-carre-300x300
Tous les contenus en illimité
à partir de 16€/mois

image_print