(Article mis à jour le 15/07/2021)

La future loi climat prévoit un système d’affichage environnemental, représentatif de l’empreinte écologique des produits alimentaires, pour guider le choix des consommateurs. Dans le cadre de l’appel à projets lancé par le ministère de l’Écologie et l’Agence de la Transition Écologique (Ademe) pour développer cet affichage, l’ITAB et ses partenaires (SAYARI et Very good future) ont planché sur un « Planet-Score » qui se doit de corriger les biais et les lacunes de la seule analyse du cycle de vie (ACV)[1]. Présentée lors du webinaire « Agriculture & alimentation, santé et environnement : enjeux actuels et affichage environnemental » le 8 juillet, cette proposition d’affichage environnemental a été remise au Ministère de la Transition Écologique le 15 juillet dernier. Le Planet-Score est aussi soutenu largement par les acteurs de la Bio et notamment un collectif[2] regroupant associations de consommateurs, de protection de l’environnement, organisations de défense du bien-être animal et associations professionnelles.

 

Pour que les œufs issus d’une agriculture durable et respectueuse des animaux soient mieux notés que ceux de poules élevées en cage et boostées aux antibiotiques

La loi Climat prévoit un affichage environnemental principalement basé sur l’Analyse du cycle de vie (ACV), qui prend en compte les différentes étapes de la vie d’un produit et leurs effets sur l’environnement. Cette méthode, sur laquelle s’appuie l’ADEME pour sa base de données Agribalyse, mesure actuellement mal certains impacts négatifs, notamment ceux liés à l’usage des pesticides sur la santé humaine et n’intègre pas les atteintes à la biodiversité, la pollution des eaux, la déforestation, le stockage de carbone ...

Sans la prise en compte de ces enjeux, l’utilisation de l’ACV seule conduirait à favoriser les produits issus de productions et d’élevages intensifs (utilisant massivement pesticides, engrais de synthèse, antibiotiques...).

D’où la nécessité d’améliorer la méthodologie. Un appel à projets a été lancé en ce sens en 2020 afin de compléter l’ACV et d’intégrer des indicateurs complémentaires[3]. Cette expérimentation de 18 mois, engagée par le Gouvernement, a pour objectif de définir, d’ici fin 2021, un affichage environnemental en phase avec les attentes des consommateurs.

 

Le Planet-Score pour prendre en compte la biodiversité, le climat, la santé humaine et le bien-être animal

Fruit d’un travail basé sur l’indépendance et la transparence, le Planet-Score englobe les principaux impacts environnementaux de la production agro-alimentaire. Son ambition est de corriger les biais et les lacunes de l’outil Agribalyse et l’analyse du cycle de vie (ACV) sur laquelle il se base.

Reposant sur une expertise scientifique approfondie et pluridisciplinaire, il se distingue par quatre atouts majeurs :

  • Il permet de combler les lacunes de l'ACV pour mieux évaluer l’impact des pesticides sur la santé humaine et sur l’environnement, en incluant les résidus dans l’alimentation
  • Il englobe les impacts négatifs et positifs de l’agriculture sur la biodiversité en fonction des modes de production (bio, extensif, intensif)
  • Il s’appuie sur les données scientifiques les plus récentes sur l’impact climatique des aliments, dont notamment le stockage de carbone dans les sols
  • Il apporte une information complémentaire sur le bien-être animal, qui fait partie des défis d’une agriculture soutenable et ne peut être déconnecté des enjeux écologiques.

Cette méthode a pour autre atout de permettre à la fois une différenciation entre les catégories de produits (exemple : viande versus pomme) et en intra catégorie (selon les variétés de pommes, et les modes de production).
 
méthodologie du Planet-Score

 

« Nous avons été amenés à considérer d’autres aspects méthodologiques, pour lesquels un travail bibliographique plus approfondi sera poursuivi dans les mois qui viennent, mais dont les enjeux sont tels qu’il nous est apparu plus pertinent de proposer des « proxys » que de conserver les méthodes ACV et/ou les inventaires agricoles d’Agribalyse en l’état : c’est le cas de l’ impact « eau » pour l’ensemble des productions agricoles, ainsi que des inventaires d’émissions d’ammoniac et de l’empreinte sol pour les produits issus de l’élevage. Nous avons également souligné d’autres lacunes de l’affichage environnemental tel qu’évalué aujourd’hui, en particulier l’absence de bouclage complet du cycle de l’azote car on ne prend pas en compte dans l’évaluation la fin de vie des aliments (déjections humaines). Notre méthode de scoring produit des résultats qui sont en cohérence avec les deux boussoles que nous nous sommes fixées, à savoir le scénario prospectif TYFA (Ten Years for AgroEcology) »

(source : Communiqué de Presse de l’ITAB)

Un format simple et explicatif, qui serait pris en compte par 81% des consommateurs et qui les mobilise fortement

Son format est simple mais pas simpliste : comme le Nutri-Score pour la qualité nutritionnelle, il fournit un score agrégé sur une échelle de A à E, tout en donnant le détail des principaux impacts en matière de climat, de biodiversité, et d’impact des pesticides. Le Planet-Score fournit aussi une information complémentaire sur le bien-être animal. D’après la première enquête consommateurs réalisée, 80% des consommateurs interrogés préfèrent cette version avec multiple critères, à une version agrégeant tous les critères en un score.
Ce format composite, intuitif et visuel, répond aux attentes de transparence et d’informations sur des critères clés pour les consommateurs.

 

Le Planet-Score est soutenu par 16 ONG et acteurs de la BIO

« Nos organisations considèrent que le Planet-Score est une proposition d’affichage environnemental solide du point de vue scientifique et qui permettrait aux consommateurs d’identifier facilement les différents impacts environnementaux des aliments », annoncent le collectif dans son communiqué. Il constitue selon les premiers résultats un levier fiable et efficace pour accélérer l’engagement des consommateurs et donc des opérateurs vers une alimentation plus soutenable.

D’autres propositions d’affichage environnemental sont attendues d’ici la rentrée pour un rapport final qui mènera à un score national. Le collectif appelle les pouvoirs publics à se saisir du Planet-Score comme référence pour le futur affichage environnemental des aliments et surtout à corriger les données relatives à l’impact écologique des produits et notamment en rectifiant les biais de la base de données officielle Agribalyse.

 


[1] Voir Agriculture intensive vs Agriculture bio : les incohérences du nouvel outil Agribalyse dénoncées, Ingrébio, 18/12/2020
[2] Voir Produits bio et affichage environnemental : quels besoins ? quelles attentes ? Ingrébio, 29/04/2021
[3] FNAB, Ingénieurs sans frontières, Bio Consom'acteurs, Générations Futures, Natexbio, Syndicat National d'Apiculture, Terre d'abeilles, Réseau Environnement Santé, Agir pour l'environnement, Bee Friendly, Synabio, CIWF France, France Nature Environnement, WWF, Forebio, UFC Que Choisir.

 

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