La question de l’origine de nos matières premières biologiques est plus que jamais sur le devant de la scène. Avec des attentes fortes d’origine France émanant de toutes parts, le risque des dérives protectionnistes émerge également, avec ses non-sens inhérents. Une entreprise pyrénéenne a-t-elle intérêt à sourcer ses céréales en Hauts-de-France ou de l’autre côté de la frontière ?
Plus que la proximité géographique (ce qui ne sera jamais possible pour tout, de toutes façons…), la notion de relocalisation associée à la « connaissance du lieu d’origine » fait sens et commence à se répandre. Les acteurs du Commerce Équitable en parlaient lors de ses Assises[1] : savoir où et comment on s’approvisionne et pourquoi on le fait apporte les valeurs dont on a besoin pour rassurer le consommateur et accomplir sa démarche d’acheteur bio et RSE.
Pour cela, les transformateurs ont besoin d’outils pour les accompagner dans cette transition durable des modes de fonctionnement. La ‘structuration de filières’ en est un, mais encore faut-il savoir ce qu’on met derrière ces mots…

Alexandra Farnos travaille dans le milieu des fruits et légumes biologiques en Europe depuis plus de 20 ans. Elle structure des filières commerciales entre des clients européens et des producteurs espagnols, italiens ou français. Pour plus d’infos : https://www.alexandra-farnos.bio/

Pour nous éclairer concrètement sur ce sujet, nous avions invité Alexandra Farnos, spécialiste des filières fruits et légumes biologiques méditerranéens, à nous expliciter la structuration de filières bio avec l’Espagne, lors du Forum des Ingrédients Bio à Natexpo.
Quoi de mieux en effet que l’exemple de l’Espagne et de la vision qui est donnée au consommateur de ses cultures biologiques pour argumenter sur l’intérêt de structurer ses approvisionnements. Le témoignage de Marc Montluçon, directeur de l’entreprise FRDP, spécialiste des fruits et légumes bio surgelés, complétait cette expérience de terrain.

Retrouvez le replay de cette conférence à Natexpo.

Alexandra Farnos

Alexandra Farnos

 

A quoi sert de structurer une filière d’approvisionnement ?

Alexandra Farnos : Structurer sa filière d’approvisionnement de fruits et légumes biologiques permet :

  • De sécuriser ses achats sur la durée, sur la qualité et sur le volume souhaités,
  • De rassurer le consommateur sur l’origine, le contrôle, le choix de ses produits,
  • D’assurer à ses producteurs un accompagnement pour les aider à améliorer leurs pratiques, c’est leur assurer des ventes régulières, une planification de leur production et selon les cas des prix définis à l’avance.

 

Pourquoi avoir choisi l’Espagne ?

AF : Déjà rappelons une notion de base qui semble parfois être méconnue en France : l’Espagne est soumise au même règlement européen bio (UE) N°834/2007 que tous les pays européens. Il n’y a pas une « autre bio » en Espagne par rapport à la France.
Il existe comme en France plusieurs organismes de certification (OC), certains sont privés et d’autres dépendent des Régions et du ministère de l’agriculture. C’est en Andalousie qu’il y en a le plus, les autres régions ayant un seul OC.
L’Espagne ce sont aussi des vergers, des cultures de pleins champs, des serres, une grande diversité de produits disponibles à l’année, des exotiques aux choux, des agrumes aux pommes et poires, une qualité de produit toujours plus élevée.

L’Espagne est le premier pays producteur de fruits et légumes en Europe (la France vient de dépasser l’Espagne au niveau des SAU bio), le troisième pays au monde en termes de surfaces, et pourtant le dernier pays européen en termes de consommation. L’évolution des surfaces entre 2000 (380.000ha) et 2020 (2.437.891ha) est parlante.

L’Espagne compte aujourd’hui quasiment 50.000 opérateurs bio, les zones majeures de production de fruits & légumes (F&L) sont l’Andalousie (9799ha), la région de Murcia (4500ha), Castilla la Mancha (2879ha), la région de Valencia (971ha) et l’Extremadura (817ha).

 

Quels sont ses avantages et ses inconvénients ?

AF : Pour les avantages de l’Espagne, citons deux points majeurs :

  • Les producteurs espagnols sont parmi les plus contrôlés à la fois par les OC, par les services administratifs du ministère de l’agriculture mais aussi par leurs clients : audits, contrôles, analyses (feuille, sol, produit), système de contrôle des certificats bio (SIPEA).
  • Le niveau de professionnalisme des producteurs et expéditeurs est élevé, les stations de conditionnement sont aux normes : BRC, IFS, Global Gap ; la grande majorité des producteurs ont aussi des certifications type Naturland, Déméter, Ecovalia (certification sociale du CAAE), Grasp (module sociale de Global Gap), Spring (module de Global Gap sur le bon usage de l’eau) …

L’Espagne pâtit surtout, comme inconvénient majeur, d’un déficit d’image : une image mal connue de la production et particulièrement déformée. Elle souffre aussi de problématiques sociales (immigration) et environnementales (gestion des ressources en eau) fortes.

 

Comment structurer une filière d’approvisionnement ?

Structuration de Filières bio - ©Alexandra Farnos

Structuration de Filières bio - ©Alexandra Farnos

AF : Les points importants pour la structuration d’une filière bio

La suite de cet article est réservée aux abonnés.

Cet article d'Ingrébio vous intéresse ?

Ingrébio vous permet d'acheter des articles à l'unité pour vous aider dans votre veille !

S'ABONNER

INGREBIO MAG banner
Tous les contenus en illimité
à partir de 17€/mois

image_print