Dans le cadre de la loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire et à l’économie circulaire (loi AGEC 2020), puis de la loi Climat et résilience (2021), le Ministère de la Transition Écologique et l’Ademe ont lancé depuis 2020 une Expérimentation sur les systèmes d’affichage environnemental pour les produits alimentaires.
Une vingtaine de projets ont été proposés par des acteurs publiques et privés[1], parmi lesquels le Planet-score portés par les professionnels de la Bio[2] ou encore l’Eco-score déployé par les applications digitales de la Food[3]. Ces projets ont été évalués fin 2021 par le Conseil Scientifique (CS) de l’Expérimentation. Ce CS regroupe des membres appartenant à des organismes de recherche publique et de domaines de compétences variés : sciences agronomiques et environnementales, génie industriel et des procédés alimentaires, sciences des organisations, économie de la consommation, marketing social, épidémiologie et évaluation des politiques publiques.

Les travaux du CS ont porté sur six questions : Quels enjeux environnementaux prendre en compte ? Quels objectifs viser ? Quelles données utiliser, pour quelles modalités d’usage ? Quelles méthodes privilégier pour l’évaluation des impacts environnementaux ? Quels scores environnementaux choisir pour l’affichage ? Quels formats d’affichage proposer ?
Les bases scientifiques des différents systèmes ont été évaluées, ainsi que leurs impacts qualitatifs et quantitatifs sur les consommateurs.
Le rapport final du Conseil Scientifique a été publié le 04 janvier dernier sur le site de l’ADEME. Que faut-il en retenir ?

 

Les propositions du Conseil Scientifique aux Pouvoirs Publics

Dans ses conclusions, Le Conseil Scientifique (CS) « considère qu’il est possible de concevoir et de mettre en place un système d’affichage environnemental, qui réponde aux attentes exprimées par le législateur ». Mais il laisse les pouvoirs publics (et donc le Comité de pilotage interministériel) arbitrer sur différents éléments qui caractériseront le futur système d’affichage (comme le choix des pondérations, l’origine et la qualité des données ou le format d’affichage). Huit préconisations principales sont émises à l’issue de ce rapport. Elles concernent la qualité des informations à apporter aux consommateurs devant leur permettre de comparer les produits au sein d’une même catégorie et entre catégories d’aliments. Elles concernent aussi les limites avérées de la méthodologie ACV (Analyse du Cycle de Vie) – qui doit rester la base – mais qui doit être corrigée pour améliorer la prise en compte d’enjeux liés au stockage du carbone dans les sols, à la biodiversité de la parcelle et aux éléments de toxicité. Le CS note la nécessité de règles acceptées collectivement pour garantir la qualité et la cohérence des informations fournies, du fait de l’utilisation conjointe de données publiques et privées. Et il souligne le gros travail encore nécessaire pour qu’Agribalyse soit reconnue et déployée auprès de tous les acteurs.
Enfin, concernant l’affichage environnemental lui-même, le CS préconise un format « interprétatif, synthétique et coloriel », complété par des informations analytiques sur les différents impacts environnementaux. Il considère que l’échelle à 5 niveaux n’est pas suffisante et doit être complétée pour faciliter le choix des consommateurs au sein des catégories d’aliments. Cette échelle à 5 niveaux peut être complétée par une valeur numérique, qui exprime le score environnemental agrégé sur une échelle de 0 à 100, ou bien par une décomposition du score agrégé en sous-scores pour chaque enjeu environnemental (climat, biodiversité...) … tout en tenant compte de la taille des emballages bien sûr !

 

Le Planet-score répond-t-il aux attentes des consommateurs ?

Fournir une information claire et complète aux consommateurs, c’est ce que se targue de faire le collectif du Planet-score. Ce système d’affichage plébiscité par les acteurs bio, car il prend en compte toutes les externalités positives des systèmes bio, a été adopté par plus de 70 enseignes et fabricants en l’espace de 6 mois. Cela représente plus de 3000 produits qui ont été notés, depuis les fruits et légumes jusqu’aux steaks en passant par les produits transformés comme des pizzas ou des crèmes glacées. Techniquement, il répond déjà à plusieurs recommandations du Conseil Scientifique. Et dans le même temps, le collectif a pu travailler sur la perception et la compréhension consommateur de l’étiquetage, comme le préconise le CS.

Le mode d'élevage et les pesticides sont 2 paramètres les plus attendus par les consommateursDans une étude consommateurs réalisée mi-2021, sur un panel de 1000 personnes représentatives de la population française âgée de plus de 18 ans, parmi cinq formats proposés, le Planet-score avait déjà été très largement préféré : 48%, contre 18% pour le second, et 8% pour le dernier.

Plus de 10.000 citoyens ont à nouveau été consultés fin 2021, et ont massivement répondu en faveur de cette étiquette détaillée par rapport à l’alternative composée d’une note seule, qui est jugé opaque, non compréhensible, et qui provoque de la défiance. L’étude menée par UFC-Que Choisir confirme également ce même résultat[4].

Les études menées sur le panel représentatif de 1000 personnes montrent que les citoyens sont particulièrement attachés à l’affichage de l’indication du mode d’élevage, et de l’usage des pesticides. C’est également ce qui ressort de l’étude menée par Carrefour en décembre dernier, qui dresse un « bilan mitigé du test de l’Eco-score »[5]. Confrontés à cette étiquette qui affiche une note seule, les clients de Carrefour ont déclaré vouloir en plus l’affichage du mode d’élevage et des pesticides. C’est précisément l’information que fournit le Planet-score. Avec deux mentions supplémentaires importantes : la biodiversité et le climat.

 

Un outil d’amélioration au service des entreprises agroalimentaires

Les premières entreprises engagées dans cette nouvelle démarche se félicitent ou tirent des enseignements de leurs résultats Planet-score. A l’instar de l’entreprise Triballat-Noyal, elles mesurent ainsi l’impact de chaque ingrédient dans leur produit. Certaines ont pu être surprises de l’impact élevé de certains ingrédients secondaires, comme le sucre par exemple. « Le Planet-score permet de se questionner sur l’approvisionnement de ces ingrédients, sur lesquels il a révélé des marges de progrès importantes » témoigne Solenn Douard, directrice générale de Triballat-Noyal. « L’équipe du Planet-score a partagé avec nos équipes à la fois les résultats, mais également les déterminants de ces résultats, ce qui a permis d’identifier des axes très concrets d’amélioration, et de prévoir l’évolution de nos scores si nous allons dans cette direction ».

Cette nouvelle approche sera sans nul doute riche pour les entreprises qui s’en accapareront car elle leur permet de comprendre et de s’approprier l’impact environnemental de leurs produits, au même titre qu’un Nutriscore en formulation.

 

Pour aller plus loin :

Lire le Rapport final du Conseil scientifique sur l’Affichage environnemental des produits alimentaires.

 


[1] Produits bio et affichage environnemental : quels besoins ? quelles attentes ?, Ingrébio, 29/04/2021
[2] L’ITAB prend en compte la biodiversité dans sa proposition d’affichage environnemental : le Planet-Score, Ingrébio, 09/07/2021
[3] Un éco-score controversé lancé par dix acteurs du numérique, Ingrébio, 21/01/2021
[4] Futur affichage environnemental : 27 fabricants et 8 enseignes testent le Planet-score, modèle plébiscité par les consommateurs, Que Choisir, 28/10/2021
[5] Eco-score : les clients de Carrefour mitigés, Linéaires, 30/11/2021

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