Au-delà du drame humain qui se joue comme pour toute guerre, celle-ci retentit plus fortement car à notre porte, mais aussi car les répercussions sont directes sur notre économie. Considérés comme des greniers de l’Europe, l’Ukraine et la Russie alimentent en effet une partie de l’Europe et du Monde, en céréales, graines, huiles... Les articles sont nombreux qui soulèvent le risque de crise alimentaire, en particulier en Afrique, du fait de la fermeture des ports de la mer Noire. Et qui font s'emballer le monde agricole...

Le chaos créé sur les marchés mondiaux a amené l’Europe a requestionné son plan ambitieux « Farm to Fork » issu du Pacte Vert voté en 2021[1]. Fin mars, le Parlement Européen est ainsi revenu sur ces objectifs environnementaux pour permettre à l’Union de produire plus, en autorisant à nouveau « temporairement » la mise en culture des jachères, en particulier pour privilégier les protéagineux[2]

De nombreuses organisations se sont mobilisées ces dernières semaines pour que les leçons soient tirées et que l’Europe engage enfin sa transition alimentaire, dénonçant les risques d'un retour en arrière.
Le 9 mars, l’IDDRI alertait déjà sur les conséquences d’une revue à la baisse des objectifs du Pacte Vert[3]. « Une telle approche se révélerait contre-productive à bien des égards. Au contraire, c’est bien une logique systémique, telle que portée par la F2F, qui permettra de répondre aux enjeux soulevés par cette crise et de renforcer progressivement la contribution de l’UE aux équilibres alimentaires mondiaux » pouvait-on y lire.
Dans une lettre ouverte, les acteurs de la bio réunis sous La Maison de la Bio en France et le BöLW en Allemagne appelait aussi les institutions européennes à renforcer les engagements de “Farm to Fork”, afin de consolider l’autonomie stratégique de l’UE et de répondre aux défis de la crise écologique[4]. « Il ne s’agit donc pas de produire plus mais de produire autrement ».
Le 18 mars, plus de 500 scientifiques signaient une tribune appelant à une action sur la demande face à la crise alimentaire[5] : « Nous avons besoin d'une transformation du système alimentaire – face à la guerre en Ukraine, maintenant plus que jamais ». Dans cette tribune, les signataires proposent 3 leviers pour faire face à la crise sur le système alimentaire à court terme, tout en assurant la santé humaine et le développement durable à long terme :

  • Accélérer la transition vers des régimes alimentaires plus sains avec moins de produits d'origine animale en Europe (et dans d'autres pays à revenu élevé).
  • Augmenter la production de légumineuses et renforcer la stratégie « de la fourche à la fourchette ».
  • Réduire la quantité de déchets alimentaires.

Vouloir faire de l'Europe, une terre productiviste pour sauver du risque de crises alimentaires en Afrique n'est pas la solution. Ni pour l'Europe qui perdra sur le plan écologique et en biodiversité, ni pour l'Afrique qui regorge d'autres ressources locales pour se nourrir et qui a tout a gagné pour son autonomie[6].

La bio plus résiliente ?

Si la réalité confirme aujourd'hui la hausse des charges pour toutes les entreprises, l'impact direct sur les filières est encore flou.

Depuis le début de la guerre, le blé conventionnel a atteint – et dépassé 400€/t, des prix jamais connus sur les marchés. Il oscille fin mars entre 360 et 390€/t, fortement dépendant des cours mondiaux et de la spéculation.
Pour le blé meunier bio, dont le cours est déconnecté du marché, le prix à la tonne reste

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