Ouverture du Congres Européen de la Bio - EOC 2022 - ©Ingrébio

EOC 2022 : Vers un avenir plus biologique

 

Le Congrès Européen de la Bio (EOC) a réuni près de 280 personnes de 26 pays différents.
Il avait lieu à Bordeaux, ville où la municipalité écologiste depuis 2020 a développé le marché bio de la restauration publique et structuré des filières biologiques pour atteindre aujourd’hui plus de 40% de bio dans les cantines. Des engagements forts ont aussi été témoignés de la part des représentants politiques de Bordeaux Métropole, de la Gironde et la région Nouvelle-Aquitaine.

Le Congrès Européen de la bio intervient dans un moment stratégique politiquement, puisque le gouvernement français est en train de réviser son plan PAC suite à la demande de la Commission Européenne, tout comme d’autres gouvernements européens qui n’affichent pas de moyens suffisants selon elle face aux objectifs de la stratégie Farm to Fork (dont 25% d’agriculture biologique au niveau de l’Union Européenne).

Ovation de la délégation bio ukrainienne - ©Ingrébio

Ovation de la délégation bio ukrainienne – ©Ingrébio

Un avis que soutiennent massivement les acteurs de la Bio, comme le rappelait Philippe Lassalle Saint-Jean (Président d’Interbio Nouvelle-Aquitaine).
Intervient aussi dans un contexte de crises. Des crises diverses qui se superposent.
Lors d’une conférence de presse introductive au Congrès, Kateryna Shor représentante du mouvement biologique ukrainien a d’ailleurs pu témoigner de l’impact de la guerre en Ukraine sur la production biologique et la chaîne d’approvisionnement. Avec une ovation des participants, le mouvement biologique européen a exprimé sa solidarité avec le mouvement biologique ukrainien.

Face au changement climatique, il y a un besoin urgent d’adapter notre agriculture. Mais cela ne peut pas se faire simplement, soulignait Jan Plagge, président d’IFOAM Organics Europe : « il n’y a pas de solutions simples à des problèmes complexes ». L’agriculture biologique encourage à comprendre les mécanismes et interactions et à regarder « the things behind », selon ce dernier. C’était justement l’objet de ce Congrès, avec pour thème « Vers un avenir plus biologique : perspectives et outils pour atteindre les objectifs du Pacte Vert européen », que de discuter les enjeux et interactions entre les systèmes…

 

Discussion autour de la PAC

Selon l’expert Nic Lampkin, il faudrait 9 à 15 milliards d’euros par an pour atteindre l’objectif de 25% en bio en 2030, et donc avoir un impact durable. C’est le budget que les états membres se sont alloués pour la période de 2023 à 2027… Cela en dit long sur les perspectives d’aboutissement de la stratégie Farm to Fork.

Malgré l’ambition forte affichée par l’Union Européenne avec ce Green Deal (qui marque la volonté d’assurer à la fois la résilience et la compétitivité des systèmes alimentaires), certains états membres, dont la France, ne sont pas à la hauteur dans leurs objectifs et/ou leurs budgets…[1] [2] Pourtant, les intervenants de cette table ronde, Commission Européenne comme politiciens locaux s’accordent à dire que la PAC est un véritable levier pour accélérer les transitions nécessaires et que l’objectif de 25% de surfaces biologiques d’ici 2030 devrait être une ligne directrice pour les plans stratégiques nationaux de la PAC. « Nous avons besoin d’une politique agricole commune qui alloue des fonds publics à des biens publics », insiste Benoit Biteau, député Les Verts au Parlement Européen.

 

Marché bio : situation 2021 > situation 2022

La santé du marché bio fait couler beaucoup d’encre en ce moment. Après une année exceptionnelle en 2020[3], liée aux changements d’habitudes des consommateurs au début de la crise Covid, le marché global s’est tassé en 2021. Les témoignages de l’Agence Bio en France et de Organic Sweden montrent que le marché est surtout affecté par les fortes pertes des marchés GMS. Il est compensé en France par les ventes directes, en circuits courts, les artisans et la restauration hors foyer[4].
Laure Verdeau (Agence Bio) et Charlotte Bladh André (Organic Sweden) soulignent le même besoin de communiquer plus auprès des consommateurs, perdus par les différents labels et les offres vegan, locales, ‘sans pesticides’ non bio. Laure Verdeau note par exemple que le dernier Baromètre Agence Bio montre que le critère ‘Prix’ diminue dans les freins à l’achat de produits bio, mais que l’indicateur ‘compréhension de la bio’ diminue lui aussi… Des campagnes sont lancées en France comme dans le nord de l’Europe, afin de vulgariser les divers bénéfices de l’agriculture biologique.
Cependant, Pierrick de Ronne alerte sur le fait qu’il faut modérer la vision de la bio comme un segment de marché seulement, alors qu’il s’agit d’un projet de société global. « On a laissé faire le marché (notamment en arrêtant les aides au maintien) et l’offre et la demande se sont inversées » précise-t-il, en évoquant le surplus de lait et d’œuf cet hiver.
Considérer l’agriculture biologique par le seul prisme du marché n’est d’ailleurs pas le bon prisme, selon le député écologiste Benoit Biteau. « Les politiques publiques doivent être déployées pour favoriser l’AB car elle répond aux enjeux environnementaux ». Selon lui, le consommateur ne devrait plus avoir à se poser la question du choix de produits bons pour sa santé et pour la planète ou pas.

 

Étiquetage environnemental

La loi qui mettra en œuvre l’affichage environnemental en France est prévue pour le dernier trimestre 2022. Le député européen Claude Gruffat (ex-Président de Biocoop) s’est félicité de la stratégie Farm to Fork, « une première pour l’Europe ». L’étiquetage environnemental en sera également un levier fondamental. « Il va apporter plus de transparence pour guider les consommateurs et permettre de pallier le problème des labels confusants » annonce-t-il. Il sera en effet un outil d’orientation déterminant pour des consommateurs perdus…
Mais la méthode d’évaluation de l’empreinte environnementale des produits proposée par la Commission européenne favorise l’agriculture intensive, car elle ne prend pas suffisamment en compte les externalités telles que l’impact sur la biodiversité, l’impact des pesticides et le bien-être des animaux[5].

Etude comparative de Planet score sur chocolats - ©Ingrébio

Etude comparative de Planet score sur chocolats – ©Ingrébio

À ce stade, le Planet Score est le label le plus complet pour soutenir la transition vers des systèmes alimentaires plus durables. Sabine Bonnot, directrice de l’ITAB, a pu présenter ce label, déjà adopté par de nombreuses marques et distributeurs bio et non bio. Celui-ci, contrairement à d’autres tentatives basées sur le seul facteur ACV (Analyse du Cycle de Vie), prend en compte de nombreux indicateurs environnementaux tels que la biodiversité, la pollution des eaux, des sols… ainsi que le bien-être animal.
Cet outil est d’autant plus intéressant qu’il a déjà permis à plusieurs entreprises de démarrer des travaux de reformulation de leurs produits mettant en jeu le choix des ingrédients ou leurs critères d’approvisionnement. Pour Judith Moog, directrice de Bio Planete, et première ambassadrice du Planet-Score outre-rhin, cet outil va vraiment permettre d’accélérer la transition, car « la bio ne suffit plus aujourd’hui ».

 

Réglementation bio

La table ronde « Réglementation » a permis de dresser un état des lieux des 6 premiers mois d’implémentation du nouveau règlement bio (UE) 2018/848.

>Retrouvez son résumé complet : Réglementation Bio : quel bilan après 6 mois ?

 

Chaîne d’approvisionnement biologique : Améliorer, inspirer, structurer

Au cours de trois sessions parallèles, les participants ont discuté :

  • du fait que le secteur biologique doit être plus actif dans la cocréation de solutions reflétant les besoins des pratiques agroécologiques à la lumière de la numérisation de l’agriculture ;
  • du fait que l’agriculture biologique offre de nombreuses solutions dans la lutte contre le changement climatique. Mais pour l’agriculture carbonée, les préoccupations pratiques doivent être résolues en premier lieu pour garantir une contribution à l’atténuation du climat, l’adaptation et la protection de la biodiversité ;
  • de la manière dont la chaîne d’approvisionnement biologique est résiliente et devrait le rester à la lumière des crises récentes.

Méthodolgie construction prix Interbio Nouvelle Aquitaine au Congrès Européen de la Bio - ©Ingrébio

Méthodolgie construction prix Interbio Nouvelle Aquitaine – ©Ingrébio

Au cours de cette dernière session, les participants ont partagé des initiatives et des solutions en lien avec les chaînes de valeur et d’approvisionnement bio. Un éclairage a été notamment apporté sur les marchés publics (appel d’offres, budget et logistique) et sur la façon de créer des chaînes d’approvisionnement plus courtes, avec le témoignage inspirant de Jean-Pierre Teisseire, Responsable du Pôle Qualité et Achats de la Cuisine Centrale de Bordeaux-Mérignac.
Interbio Nouvelle-Aquitaine présentait également ses travaux sur la définition de prix équitables et la répartition de la valeur au sein des filières. Martine Cavaillé a pu expliciter la méthodologie détaillée ainsi que la méthode de calcul et les résultats pour différents exemples de filières. Le cas d’étude de la filière blé-pain montre par exemple qu’il suffirait d’une augmentation de 0,02€ TTC sur le prix de la baguette 250g au levain pour que le producteur couvre ses coûts de production et se rémunère à hauteur de 1,5 fois le SMIC. Cet outil est adaptable et réutilisable pour toutes les filières. Il permet d’ajouter de la transparence et de la compréhension des enjeux tout au long de la chaîne de valeur.

 

Conclusion

Grâce à son approche systémique, l’agriculture biologique fait partie intégrante de la solution à des problèmes complexes tels que les crises du climat et de la biodiversité. Elle est aussi indispensable pour retrouver des biens communs (terre, eau et air) sains sur la planète, car comme le constataient les intervenants de la table-ronde sur les pesticides, 44% de notre alimentation est contaminée (6% des produits bio le sont aussi). Comme ont pu le démontrer les scientifiques présents, elle fournit plus que de la nourriture : elle est aussi bonne pour le sol et l’eau, elle garantit la préservation de la biodiversité[6] et n’apporte que des avantages pour l’environnement et la santé (les dernières études scientifiques rapportés par Denis Lairon, Directeur de recherche émérite à l’INSERM en témoignaient).

Cette conclusion a été citée par de nombreux intervenants à tous les niveaux (politiques, opérateurs, associations, chercheurs…) et doit être largement communiquée auprès des consommateurs, souvent perdus par les différents discours marketing des marques.

 

Pour en savoir plus :

 


[1] Update on CAP 2023-2027 Strategic Plans, Common Market Organisation & long-term vision for rural areas, IFOAM Organics Europe, 13/06/2022
[2] PAC, Combien valent les producteurs bio ?, FNAB, 23/06/2022
[3] Global organic market: Unprecedented growth in 2020 – Organic retail sales grew by 14 billion euros and exceeded the 120-billion-euro mark, FIBL, 15/02/2022
[4] Marché Bio : de l’importance de considérer la diversité des marchés Bio, Ingrebio, 13/06/2022
[5] Agriculture intensive vs Agriculture bio : les incohérences du nouvel outil Agribalyse dénoncées, Ingrébio, 18/12/2020
[6] Miser sur l’agriculture biologique pour préserver la biodiversité, Ingrébio, 20/04/2022