Lors de la table-ronde à Natexpo intitulée « Intégrité de la Bio : comment rassurer les consommateurs ? » regroupant Biolait, Organic Alliance, l’ITAB (Institut de l’agriculture et de l’alimentation biologique) et Eurofins, l’enjeu de l’intégrité des produits bio a été au cœur des échanges. Tous ces acteurs sont membres du projet de recherche collaborative TOFoo (pour « True Organic Food », « des produits bio véritables ») lancé en juillet 2020 (voir article Ingrébio du 06/11/20 sur le lancement du projet TOFoo). Ce projet a pour vocation de se mettre au service de l’Agriculture Biologique pour lui permettre de continuer de se développer en préservant le capital confiance qu’elle a su construire avec les consommateurs. Pour ce faire, les partenaires de ce projet, dont le coordinateur Eurofins Alimentaire France, travaillent à développer des outils innovants de contrôle analytique en vue de garantir l’authenticité des produits biologiques.

 

L’intégrité des produits Bio, un sujet majeur dans le contexte actuel de la filière

Comme l’animateur de la table-ronde et coordinateur du projet chez Eurofins, Jean-François Morin, le rappelait en introduction de la table-ronde, « Les produits Bio se distinguent : par un cahier des charges spécifique, par une meilleure qualité, par un impact positif sur la santé et l’environnement. A tout le moins, c’est ainsi que les consommateurs l’ont perçu, et ont accepté de payer un prix plus élevé pour acheter des produits Bio. La question de l’authenticité et de l’intégrité de ces produits par rapport au cahier des charges Bio est donc vitale. ».

Présentation des participants - ©Eurofins

Présentation des participants - ©Eurofins

Les participants à la table-ronde ont évoqué le contexte pour la filière. Joachim Perrocheau, éleveur et administrateur de Biolait a mis en avant les difficultés de communication sur les spécificités et l’intégrité des produits Bio du fait de la diversité des labels ayant fleurit ces dernières années, au-delà du label Bio.

 

La filière subit certes une phase de décroissance, mais avec des perspectives très positives à moyen terme. Damien Castagnier, directeur de l’offre, des achats et filières chez Organic Alliance a notamment indiqué que les prix devraient augmenter à la suite des augmentations observées pour les produits conventionnels. Rodolphe Vidal, responsable du pôle Qualités et Transformation au sein de l’ITAB a mentionné l’existence de craintes chez les consommateurs quant à l’authenticité des produits bio, craintes déjà mises en avant dans le Baromètre 2018 de l’Agence Bio qui indique que 60% des consommateurs avaient des doutes que les produits Bio le soient réellement. Malgré la notable rigueur des procédures de contrôle qualité mises en place dans la filière Bio, comme l’a rappelé Eric Jamin, directeur du laboratoire Authenticité d’Eurofins, ces craintes sont nourries par des fraudes avérées, l’une des plus importantes ayant eu lieu étant une substitution massive de céréales Bio par des céréales conventionnelles aux États-Unis. Heureusement, la France n’a jamais été la scène d’une fraude de telle ampleur, mais la DGCCRF recense également de nombreuses irrégularités dans la filière dans les résultats de son plan de contrôle pour l’agriculture biologique publiés en février 2019.

 

Des résultats préliminaires encourageants

Ainsi, dans un contexte où la croissance élevée observée ces dernières années ralentit, pour répondre à cet enjeu d’autant plus important de ré-assurance des consommateurs, les participants à la table-ronde ont présenté le projet TOFoo et ses premiers résultats.

Un screening des polyols et édulcorants interdits dans les produits Bio a été développé et est d’ores-et-déjà disponible pour s’assurer de leur absence dans les produits transformés. Des travaux se poursuivent sur d’autres familles d’additifs, notamment colorants et conservateurs.

Échantillons - ©Eurofins

Échantillons des produits testés - ©Eurofins

Par ailleurs, de premiers modèles statistiques ont été créés sur la base de 200 échantillons par matrice alimentaire, pour le lait cru, le blé tendre, les tomates, les pommes, et le jus de pommes. Ces échantillons proviennent de régions géographiques, de variétés ou de races différentes. Ils ont été en grande partie collectés par l’ITAB qui souligne l’importance de la fiabilité de ces échantillons de référence et l’unicité de cette échantillothèque de grande taille. Les modèles permettent de classer les échantillons pour valider le mode de production : soit dans la catégorie «Bio», soit dans la catégorie «conventionnel».

Pour les pommes, le lait et le blé, les résultats préliminaires obtenus avec un seul instrument d’analyse montrent que les échantillons sont classés correctement dans plus de 95% des cas. Pour les tomates, les bons classements s’approchent des 90% et pour le jus, les résultats se situent au-dessus de 85%. « Ces résultats préliminaires sont encourageants pour la suite du projet »indique Jean-François Morin, coordinateur du projet TOFoo. Eric Jamin ajoute que ces résultats sont au-delà de ses espérances à ce stade du projet, et démontrent la possibilité de distinguer les échantillons Bio d’échantillons conventionnels à grande échelle.

 

Prochaines étapes pour optimiser les taux de bons classements

Les prochaines étapes consisteront à ajouter les données d’analyse provenant de 200 échantillons d’une nouvelle année de production. La variabilité des échantillons de la base de données sera ainsi augmentée, ce qui permettra de valider la robustesse des modèles d’une année à l’autre.

Cela aidera aussi à optimiser les modélisations grâce à des approches basées sur d’autres types de modèles, notamment sur des réseaux de neurones. Enfin, les résultats de plusieurs techniques analytiques seront combinés entre eux, ou fusionnés, afin d’augmenter la proportion de bons classements.

 

Des attentes fortes de la filière et des moyens de communication à construire

Les membres du projet TOFoo ont souligné l’importance de la standardisation et de la dissémination des contrôles dans la filière Bio. Damien Castagnier et Joachim Perrocheau ont insisté sur l’importance de la fiabilité des résultats analytiques et de l’envergure du déploiement de telles analyses.

Ils ont également souligné qu’une communication aux clients BtoB serait plus aisée. Pour communiquer ensuite au consommateur final ces démarches entreprises par les acteurs de la Bio, différentes possibilités peuvent être envisagées, que ce soit des labels mettant en avant des démarches plus poussées, ou d’autres formats de communications. Cela s’inscrira dans une démarche de filière qui dépasse le projet de recherche collaborative TOFoo et nécessitera la mobilisation de tous les acteurs.

 

Pour en savoir plus sur le Projet T0Foo.

Auteur : Hélène Debétencourt, chef de projet innovation, EUROFINS

 

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